Les règles du jeu - Partie IV

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Les règles du jeu - Partie IV

Message  Tuvok le Jeu 17 Fév - 18:17

CDC du Spacia Nostrum – Transmission 10 – 263/22/6589 – 18h24 UTL


Le visage tendu de Balli accueille le début de la vidéo. Ses camarades sont tout près derrière lui assis ou debout sur des chaises qui ont été rapprochées de l’écran. La porte du Centre De Commandement est fermée pour la première fois. La grosse peluche blanche ne tient pas en place, faisant les cents pas sur un tout petit espace, lui donnant plus des allures de fauve prêt à bondir que de jouet pour enfant. Frao, au centre, a de nouvelles rides sur le front et s’adresse directement à la caméra.

« Nous avons approché le vaisseau en détresse. Il s’agit d’un appareil de combat Aquilarien, une lune du système de la vipère dans la constellation de la pieuvre. Il devait pouvoir abriter une dizaine de soldats : déserteurs ou fuyards, je ne sais pas. La géopol…»

« Ou pirates reconvertis !! »
hurla la fourrure immaculée, « je l’avais dit, j’étais contre ! Si on m’avait écouté bord… »

Le Commandant le fait taire en posant sa main malingre sur l’énorme doudoune qui sert de bras au commercial.

« Tout va bien. Personne n’a été blessé. Enfin… parmi nous. Sur le vaisseau Aquilarien, nous avons trouvé le cadavre d’un des soldats. Ils se sont battus entre eux je pense. Mais Abel a peut-être raison, il se peut que ce soit l’une des techniques des pirates pour aborder les vaisseaux commerciaux. En tous cas, nous avons été attaqués par trois ou quatre membres de l’équipage qui ont tenté de forcer l’entrée dans le vaisseau avec des bombes fumigènes.

A priori, aucun n’a pu passer lorsque le sas était encore ouvert. »


Balli, par son regard vers le commandant, indique malgré lui qu’il ne souscrit pas du tout à ce discours. Seul Frao semble ne pas avoir de doute.


« Nous avons immédiatement repris notre trajectoire d’origine et fouillé le vaisseau de fond en comble : nous sommes seuls. »


Les derniers mots sont assénés avec fermeté, autant pour convaincre les gens de l’autre côté de l’écran que les membres de l’équipage (et lui-même ?). Il prend une profonde inspiration, indiquant que le sujet, s’il est inquiétant, est clôt.

« Grâce au champ gravitationnel de la ceinture d’astéroïde, je pense que nous pourrons refaire notre retard pour arriver dans dix jours, peut-être moins. »

Les autres têtes d’enterrement n’ayant rien à ajouter manifestement, le bras chétif se tend vers le cadre de la caméra.

« Ici le Commandant Frao du Spacia Nostrum.

Fin de transmission. »



Living du Spacia Nostrum – Transmission 11 – 264/22/6589 – 6h24 UTL

La moitié de la tête de l’humain déborde du cadre par le bas. Accroupi, bras tendu au-dessus de l’objectif prêt à couper le contact à tout moment, il écoute à travers la porte fermée de la pièce de vie avant de se lancer dans un monologue frénétique. Ses tous petits yeux rouges indique la qualité de la nuit qu’il vient de passer :

« J’ai… j’ai vu un serpent dans la fumée. Personne d’autre ne l’a vu, mais avant que le sas ne se referme, je l’ai vu ce putain de serpent qui passait dans les fumigènes comme s’il savait ce que c’était. Et si c’était une technique de combat ? Et s’il nous pique pendant la nuit ? »

Il passe un main sur ses tempes pour libérer les cheveux collés par la sueur.

« Abel pense comme moi : ils avaient des tenus de combat bon sang ces gars ! Ils peuvent très bien se cloacker ou… »

Un bruit se fait entendre au-dehors, celui d’une caisse qui tombe. Balli se fige comme si son corps n’était qu’un grand muscle contracté. Le silence revient, ses yeux se plantent dans la caméra.

« Envoyez de l’aide. Envoyez de l’aide, vite, je vous en prie ».



Living du Spacia Nostrum – Transmission 12 – 266/22/6589 – 20h02 UTL

Balli encore, en tenue renforcée prévue pour les paysages accidentés, mais il n’est plus aussi stressé qu’avant. Sans doute la fatigue commence-t-elle à l’emporter sur la tension. Caera est avec lui, une main sur son épaule.

Un grand moment de silence passe avant qu’il ne commence à parler, regardant en-dehors du champ, dans le vague.

« On entend du bruit la nuit. Dans le toit, dans les tuyaux. Frao dit que ça arrive des fois, mais quand on explique qu’on entendait pas ça avant d’aller sur ce foutu caillou, il nous dit que le stress amplifie tout. »

Il souffle.


« Y a des rations iophilisées qui disparaissent. On est obligés de s’accompagner partout où on va maintenant. Même Gorgio ose plus aller aux chiottes tout seul.

Caera dort avec un blaster sous son oreiller,»
un hochement de tête latéral vers ladite, « elle a failli tirer sur Gorgio en pleine nuit quand il s’est levé pour se passer un coup d’eau. On tiendra pas six jours comme ça.

Y a guère que le Commandant qui dort seul. On serait à quatre dans la même cabine si on pouvait.

On envoie ce signal aux autorités Minanaises. Maintenant qu’on est plus proche de la galaxie d’Andromaque que de celle de l’Aigle, vous êtes les seuls en mesure de nous aider.»

Un temps, Balli se retient de ne pas craquer alors que la main de Caera se sert un peu plus pour l’aider.

« Je sais que vous n’êtes obligés en rien dans l’espace interplanétaire devant des ressortissants étrangers, alors j’en appelle à votre pitié.
Sauvez-nous. »

Le silence qui suit dure une minute, puis Caera éteint.



Living du Spacia Nostrum – Transmission 13 – 268/22/6589 – 7h11 UTL

Caera, haletante et paniquée, démarre la connexion. Balli, derrière elle, tire par les aisselles un Gorgio se bavant dessus et dont l’épaule inférieure droite saigne abondamment. Depuis cet angle, c’est la seule blessure visible. Dans un bruit sourd, l’humain ferme la porte d’une pression sur la commande au niveau de sa tête, avant qu’un petit bipède claudiquant à têtes de janus vêtu d’une tenue de combat n’entre, blaster à la main.

Des larmes cristallines roulent sur les joues vertes. Sa voix a du mal à se frayer un chemin dans ce chaos de sécrétions lacrimales :

«Aidez-nous ! Ab…Ab…Abel est… est moort. Il s’est fait étrangler par un énorme ser…serpent dans le couloir. Pour l’amour des dieux, aidez-nous.»

Le jeune brun, du sang sur les mains, s’approche à son tour alors que des tirs de blasts résonnent dans le corridor.

« Bon sang, y a-t-il quelqu’un qui nous reçoit ??! »

Il se penche vers Gorgio qui éructe des bulles de sang pâle.

« Vois si on a quoi que ce soit pour soigner ses plaies, »
dit-il en tentant de faire un point de compression maladroit.

Caera ouvre placard sur placard en reprenant ses esprits :


« Et Frao ? Il va se faire descendre aussi, on doit l’aider. »


« Je l’ai vu quand on est sorti de la cabine, il a réussi à toucher ce truc à deux têtes depuis l’intérieur de sa chambre. Il doit être encore coincé là-bas. »

« Il faut l’aider, » dit-elle en revenant avec la bouteille d’alcool qui avait été réservée pour le dernier jour de leur voyage en commun. Celui qui ne devait simplement pas arriver aussi tôt.

« Lui d’abord. »
Balli verse la liqueur à grandes lampées sur la plaie, arrachant un cri à Gorgio qui arrête le flot en attrapant le goulot de sa main valide. Celui-ci est redirigé vers sa bouche qui tente de boire entre les toussotements.

« Aaah. Arrête va. Keuf, keuf. J’ai toujours voulu mourir saoul dans les bras d’un belle femme de toute façon. »
La boutade ne parvient qu’à arracher de nouvelles larmes à la jolie rousse.

« Ca va aller Gorji, ça va aller. »


« Pour un commercial, tu mens comme une merde, Balli. »
De nouveaux crachats. « Il y a un module stasique d’évacuation dans le Centre De Commandes. Frao m’a donné le co… co… keurf lerufgl keurfl.
'Salve',
tap… taper 'salv…' kreublerg, klerbg »

Les poumons emplis de sang et d’un peu d’alcool, Gorgio se noie à l’air libre. Impuissant face à la mort, ses deux collègues de bureau ne peuvent que l’accompagner dans son trépas douloureux. Les secondes prennent des allures d’éternité jusqu’à ce que le silence pousse son cri muet. Plongés dans la torpeur, Balli et Caera voient le monde à travers un pellicule d’eau, les sons des blasts et des injures poussées à l’extérieur ne sont plus que les résidus grésillant d’une radio lointaine.

Balli essuie les larmes de sa barbe trop épaisse, puis se relève avant d’arracher sa partenaire du corps de leur ami.

« Nous devons atteindre le Centre De Commandement, Caera. Viens ! »


« Et Frao ? On ne peut pas le laisser là !»
dit-elle en se détournant finalement de Gorgio.

« Je sais, je sais. Je… On va… Donne-moi ton blaster et éteins cette merde. Personne ne nous répondra de toute façon. »


Elle lui tend son arme puis obstrue le champ de vision.



CDC du Spacia Nostrum – Transmission 14 – 268/22/6589 – 7h23 UTL

Balli est penché vers la camera, prêt à sortir du champ à tout moment. Des tirs endommagent la porte verrouillée à gauche de l’écran sans la traverser. On devine Caera à droite devant un grand cylindre dont la porte en arc de cercle s’ouvre dans un bruit de piston. Celui-ci s’apparente plus à une couchette à la vertical qu’à un module de survie. L’homme parle à toute vitesse :

« Ici Balli Fortunatis et Caera Algae de la Corsacorp de la Galaxie de l’Aigle. Nous sommes à environ 3200 AL de la galaxie d’Andromaque, euh… je ne connais pas nos coordonnées mais nous sommes partis de Mastria du système de l’Oblivion et nous allons évacuer le Spacia Nostrum en urgence. Le Commandant Frao ainsi que Gorgio Hedon et Abel Ker’t ont tous été tués par des soldats d’Aquilaire. Si... »

La porte commence à s’ouvrir en son centre sous la percée d’un objet contondant.


« Balli, vite ! »

« … Si vous recevez ce message, qui que vous soyez, je vous en prie venez nous chercher.»

Le trou se creuse encore et l’humain saute vers sa compagne d’infortune et le tube où ils doivent se serrer pour tenir. La porte vitrée pivote rapidement et un liquide bleuâtre commence à remplir le module, noyant les deux rescapés enlacés, la tête sur l’épaule de l’autre.

La porte explose sous le coup d’un pied monstrueux au moment où le tube est expulsé vers le bas de l’appareil a une vitesse trop rapide pour le tir de blast provenant de l’ouverture nouvellement créée.

Un être aux griffes allongées et aux ailes anguleuses rentre dans le Centre De Commande, blasteur à la main en tenue d’Adam revenu des enfers. Il est suivi par le petit bicéphale boiteux.

« Merde », dit le visage de devant.

« Ce n’est pas si grave, » répond l’arrière, « bon, où est-ce que se dirigeait cette boîte de conserve ? »

Le chaosien s’est approché de l’écran centrale et le parcourt du regard en faisant défiler de temps en temps des informations en touchant la surface vitrée.

« Mina, dans la galaxie d’Andromaque. Tu connais ? »

Le boîteux hausse les épaules. « Ils ont une bonne chaîne de sport i’ paraît et les humains sont mignons, » dit M. Pile. « Parfait pour se mettre au vert, » poursuit M. Face, « on retourne pas chercher les autres Sergent Xie ? »

« Nan, » répond laconiquement le plus haut gradé en regardant autour de lui. Son regard se plante dans l’objectif.

« C’est quoi ça ? »


« Arh ! Ces enfoirés ont du envoyer un message de détresse. Autant brouiller les signaux passeports en attendant. »

La tête encadrée d’un casque ouvert à l’arrière, s’approche aussi vivement que sa blessure le lui permet de l’écran, le symbole de la pieuvre à tentacules serpentines envahissant le champ.


*GrrccchtGrrcchtBziiiiut*


Module stasique SN1 – Transmission 1 – 268/22/6589 – 7h30 UTL

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Module stasique SN1 – Transmission 2 – 269/22/6589 – 7h30 UTL

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Module stasique SN1 – Transmission 3 – 270/22/6589 – 7h30 UTL

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