Les règles du jeu - Partie III

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Les règles du jeu - Partie III

Message  Tuvok le Jeu 3 Fév - 13:08

Les règles du jeu (Partie III)

CDC du Spacia Nostrum - Enregistrement 22 – 256/22/6589 – 15h22 UTL


« Yiiiiiipeeeeee !! »


Un petit être à la peau écailleuse exulte devant la caméra, ses quatre bras en l’air sous lesquelles pendent les franges d’un blouson de cuir. Derrière lui, plusieurs autres créatures s’agitent, font des allés et venus, en portant diverses caisses à la géométrie standardisée qu’ils déposent dans ce qui s’apparente à une salle de commande. Quelques diodes crépitent tandis que des moniteurs holographiques affichent paresseusement des modélisations du vaisseau en rotation lente. L’un de ces êtres, une femme au visage vert et longs cheveux roux s’approche de l’écran, amusée par le jeu de son camarade. Il entame un petit monologue :


« Hello, hello, ici l’équipage deglingium en partance pour Mina ! Ahah, bande de culs terreux, quand vous recevrez cette vidéo on sera sûrement déjà en train de se dorer la pillule sur une île paradisiaque. Enfin bon, ça, c’est si jamais on a le courage de faire un montage un jour. Alors pensez bien à nous quand vous boufferez un peu de tempête de sable sur le chemin du bureau. »

Sa collègue de travail s’approche très (trop) près de la caméra, cadrant mal son visage émeraude :

« Et oubliez pas d’envoyer vos lettres de soutien à la seule nana de l’équipage qui va se taper quinze jours de voyage avec ces mecs de base… sans parler de la misogynie des Minanais. J’accepte aussi le cash.»


Elle s’en retourne immédiatement vers son travail de chargement et de répartition des affaires dans le vaisseau. On entend au loin une voix depuis un couloir :

« Gorgio, lâche ton truc et viens nous aider à monter les cartouches de cesium, bordel ! »


L’apprenti-speaker se lève à moitié de son siège, toujours face à la caméra :

« Z’avez-vu ça ? A peine partis, on commence déjà à oublier qui c’est le patron ici ! Bon, allez, salut les loulous, les Elus du département commercial vous font plein de bisous, » conclut-t-il en fermant et ouvrant frénétiquement ses mains.


Living du Spacia Nostrum - Enregistrement 23 – 257/22/6589 – 11h22 UTL


De monstrueuses paluches à la fourrure blanche obstruent complètement le champ de la caméra tandis qu’elles ajustent l’angle. Un tête toute aussi fournie en poils tombe devant l’écran, les yeux entièrement noirs se concentrant sur un point particulier, avant d’afficher une mine satisfaite et de reculer vers une table dévoilant les quatre autres membres de l’équipage assis autour d’une bouteille oblongue. Gorgio et sa collègue font face à un grand échalas devant faire deux mètres cinquante debout, au crâne en losange et aux membres fins. Le capitaine du vaisseau d’après sa tunique de cuir et l’écusson qui y est attaché. Sa peau légèrement violacée contraste avec celle de l’humain aux cheveux bruns mi-longs.

Ils lèvent tous un verre rempli de liquide couleur rubis dans lequel semblent nager de minuscules anguilles. La peluche porte le toast :


« A Corsacorp et à l’équipage des commerciaux les plus chanceux de la boîte !

Je voudrais remercier Balli, »
dit-il en désignant l’humain à sa gauche, « d’avoir truqué le tirage au sort.» Rires. « Mina pour être le seul pays de la galaxie d’Andromaque à acheter notre camelote, » simuli de toussotements, « je veux dire, nos excellents modèles de réacteurs catalytiques. Et surtout, un grand merci au commandant Frao de tolérer les salles gosses de cette équipage pendant notre voyage. »

Les remerciements se chevauchent dans leur plus simple forme et on vide les godets.

Balli remplit son verre et s’empresse de rajouter en lisant sur une petite tablette transparente qu’il soulève :


« A tous ceux restés au bureau qui nous conchieront pendant ces prochains jours sous prétexte qu’il « fera 30° en moyenne dans les villes du Sud, que l’hôtel réservé, tous frais payés, est digne d’un palace, que les plages privées coutent moins de 20 yuons à l’heure et que les masseuses sont incluses dans le forfait », je rappelle que nous allons devoir nous taper une bonne semaine de nourriture iophilisée infâme après avoir fini les rations organiques.
Sans parler de l’obligation d’être sobre pendant tout ce temps... »


L’humain a un regard pour le capitaine, montrant par là qu’il ne lui en veut pas réellement du traitement qui leur est imposé. Balli désigne rapidement la bouteille vide aux deux tiers.

« …Mis à part ce petit écart, bien évidemment.»

La peluche reprend la parole :

« Ah et pour votre info : si le commandant a sa propre cabine, nous, on est par pair dans nos chambrettes et après avoir laissé le non-choix à Caera, » dit-il en désignant la rouquine, « elle doit dormir avec Gorgio. Faudra donc prévenir son mari de son divorce inévitable, lorsque la belle aura cédé aux charmes et au charisme inébranlable de notre responsable de com’. »

Caera feint la gêne avec un sourire énervé tandis que Gorgio montre avec fierté l’absence de ses quatre biceps en se mettant debout sur sa chaise. La jeune Corsacorpeuse tourne la tête vers l’écran et souffle une baiser à la caméra avant de couper :

« Je t’aime fort mon chéri, je pense à toi tout plein !

Allez, assez de bêtises pour aujourd’hui ! Au revoiiiir.»


Ses compagnons d’équipage se joignent à elle dans un concert de salutation traînante.


CDC du Spacia Nostrum – Transmission 9 – 262/22/6589 – 19h41 UTL


*Bziiiiut*

La vidéo s’allume sur le corps raide et irrémédiablement violet du Commandant Frao, trop grand pour que son visage soit cadré en entier, malgré le fait qu’il soit assis sur son siège noir spécialement évasé pour que les accoudoirs correspondent à son envergure. Nulle autre membre de l’équipage n’est visible alentour.

Contrairement à la séquence précédente, on aperçoit de jeunes rides sur son visage, s’apparentant plus à des plissements de la peau, laissant transpirer l’expérience de celui qui est en charge sur ce vaisseau. Sa voix est monocorde et semble constamment au bord de l’essoufflement bien qu’il n’ait pas l’air d’avoir couru. Les lèvres charnues sont figées en un rictus triste inspirant l’autorité; elles se meuvent à peine lorsqu’il parle froidement :


« Ce message s’adresse à madame Coracus, Directrice du Département Commercial de Corsacorp :

Madame, je crains malheureusement que vos employés ne puissent arriver jusqu’en Mina à la date prévue. D’après notre distance actuelle de Mastria, j’estime qu’il faudra environ quinze heures avant que cette transmission ne vous parvienne. Hélas, je ne peux pas me permettre d’attendre deux fois ce délais pour prendre une décision en ce qui concerne notre position en ce moment. C’est donc conscient de ne pas avoir votre accord explicite que j’agis. J’en assumerai les conséquences devant le tribunal intergalactique de commerce si vous décidez de porter plainte auprès de notre société de convoyage.

Voici notre situation : il y a moins de deux heures, nous avons capté un signal de détresse venant d’un vaisseau non identifié dans la ceinture d’astéroïdes de Beta du Capricorne. Je ne vous cache pas que la route que nous empruntons actuellement est très peu fréquentée et qu’il y a de grandes chances pour que nous soyons le seul espoir de ce vaisseau en danger. Aussi, après discussion avec l’équipage qui m’a soutenu en majorité et d’après les règles du code de la navigation galactique, je me vois contraint de modifier notre cap pour cette opération de secours.

Il est difficile d’anticiper sur le retard que cela nous fera prendre, ne connaissant pas l’origine du problème mais, au mieux, je pense que nous arriverons en Mina trois jours après la date convenue. Je pourrais fournir une estimation plus précise une fois que nous aurons repris notre route initiale.

Je tiens encore une fois à présenter mes excuses auprès de votre département et vous invite à vous mettre en contact avec le service après vente de notre comptoir Mastrian.

Ici le Commandant Frao du Spacia Nostrum.

Fin de transmission. »


Un bras longiligne pourpre se lève sans que le dos auquel il est raccroché n’ait besoin de se décoller du siège pour tomber en dehors du champ de vision. Les ténèbres s’abattent comme un couperet sur l’écran.


Living du Spacia Nostrum - Enregistrement 24 – 263/22/6589 – 12h11 UTL

Un doigt écailleux nimbée de miettes grasses recule de l’objectif. Gorgio, tenant deux paquets de biscuits apéritifs récemment entamés se baffre allègrement devant la caméra dans un *scrontch scrontch* peu vidéogénique. Sa mâchoire a un mouvement circulaire régulier faisant balloter la peau brune de son menton.

« Chalut les mamours, scrumbtch.

Alors aujourd’hui dans la chérie tonton et tata vont dans l’espace. Tonton est un superhéros et va sauver des vies. Chriakshgreubleumch. »


Il pose ses paquets sur l’un des côtés de l’écran et se rapproche en s’essuyant la bouche à quatre mains après se les être tapées l’une contre l’autre pour enlever quelques miettes. Ce qui dans cet ordre est « mieux » selon les standards du responsable de communication. Il prend ensuite un air un peu moins nonchalant et une voix se voulant intriguante :

« Donc on est allés en combinaison sur le vaisseau encore fumant et là, on a découvert deux survivants. Deux seulement ! Vous voulez les voir ? » Il regarde rapidement à droite et à gauche pour être certain de son intimité puis se penche pour prendre quelque chose au sol, disparaissant du même coup du champ de vision.

C’est un living room désespérément vide qui dit :


« Bon attention, ils sont tout petit alors ouvrez bien les yeux et ne faites pas de bruit ».

Soudain, deux boules brunes gluantes apparaissent à l’écran en flou, la caméra ne pouvant faire la mise au point d’aussi près. Elles gigotent un peu puis reculent sans un mot. On aperçoit une excroissance partant de leur base descendant parallèlement comme deux petits troncs d’arbre… écailleux.

Les grosses fesses de Gorgio tortillent encore un peu alors qu’il remonte son pantalon en tissu bleu et remet sa ceinture, se cambrant pour hurler de profil à la caméra :


« BLAAAAAAAAAAAAAAaaahh ! »

Tout content de sa blague, il adresse un franc sourire à la caméra une fois qu’il a repris une apparence plus pudique.

« Héhé ! et non désolé bande de pervers, mais les gars sont pas encore revenus du vaisseau. Mais évidemment, je suis resté pour que vous n’en ratiez pas une miette. »

Il déplace la caméra qui fait un virage abrupte vers la droite pour s’arrêter sèchement sur un écran transparent montrant la modélisation 3D d’un petit vaisseau en forme trapézoïdale, frappé d’un écusson bleu représentant une sorte de poulpe dont les tentacules sont pourvus de têtes serpentines.

« Il était plus proche que prévu finalement, posé sur un astéroïde. Un vaisseau de la constellation de la pieuvre d’après le commandant : autant dire qu’il avait rien à foutre ici. Je sais pas comment ces blaireaux ont fait pour arriver jusque là mais c’est bougrement loin et ils sont sûrement tombés en panne de césium. Si ça se trouve ils sont morts de faim depuis des lustres et on est en train de compromettre un contrat pour aller ramasser des squelettes. »

Il reprend ses paquets de chips pour s’en mettre une pleine poignée dans le gosier en s’enfonçant un peu plus dans le siège.

« On esft fraiment des gros poichards. Scrumbtch. »

Un bruit de fond se fait entendre. Des pas précipités et des ordres criés, étouffés par la distance. Gorgio tourne la tête.

« FERME ! FERME ! FERME ! » a l’air de dire la voix de Caera.

Ce sont les tirs de blasts qui tirent l’amateur de chips de son inaction. Il lâche tout, se lève court vers la porte puis revient sur ses pas, déséquilibré par l’hésitation pour couper la caméra.

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